
Peut-être qu'on vous a déjà suggéré de voir un psychologue pour votre douleur et ça vous a contrarié. Comme si on insinuait que c'était « dans votre tête ». Ou peut-être que vous avez remarqué que votre douleur empire quand vous êtes stressé, et vous vous demandez si c'est normal. Ces questionnements sont légitimes, et vous méritez des réponses claires.
Bonne nouvelle : Parler de psychologie ne remet pas en question la réalité de votre douleur. Comprendre les liens entre pensées, émotions et douleur peut vous aider à choisir des moyens de gestion adaptés. Ce que la science nous apprend sur la psychologie de la douleur :- La douleur comprend des sensations et des émotions. Des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux influencent cette expérience, selon l'Association internationale pour l'étude de la douleur1.
- Le catastrophisme, soit la tendance à envisager le pire face à la douleur, est associé à une douleur plus intense et à davantage de difficultés. Cette association ne prouve pas que les pensées causent seules ces difficultés2.
- Les attentes de récupération sont associées à l'évolution du mal de dos non chronique, notamment au retour au travail. Une attente favorable ne garantit toutefois pas la guérison3.
- La thérapie cognitivo-comportementale aide à travailler sur les pensées et les habitudes. Une revue Cochrane rapporte des bénéfices moyens petits à très petits sur la douleur, les limitations et la détresse chez des adultes avec une douleur chronique, hors cancer et maux de tête4.
Ce guide vous explique comment vos pensées et émotions interagissent avec votre douleur. Pour comprendre les mécanismes cérébraux impliqués, consultez notre article sur la neuroscience de la douleur.
10 mini-trucs pour comprendre votre douleur
Un conseil par jour pendant 10 jours pour mieux comprendre votre douleur. Environ 2 minutes de lecture.
Pourquoi parler de psychologie quand on a mal?
La psychologie aide à comprendre la douleur parce que les pensées, les émotions et le contexte de vie participent à cette expérience, avec les facteurs biologiques. Leur influence varie selon la personne et la situation1.
Soyons clairs dès le départ : parler des aspects psychologiques de la douleur ne signifie pas que votre douleur est « dans votre tête » ou qu'elle n'est pas réelle. Toute douleur est réelle, peu importe sa cause.
La science de la douleur décrit une expérience qui comprend des sensations et des émotions. La définition officielle reconnaît aussi l'influence de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux1. C'est pourquoi comprendre les facteurs psychologiques peut vous aider à mieux gérer votre douleur chronique.
Notre décodeur de douleur peut aussi vous aider à mettre des mots sur ce que vous ressentez.Quelle est la différence entre la douleur et la souffrance?
La douleur est une expérience désagréable qui comprend des sensations et des émotions; la souffrance désigne plus largement la détresse vécue par une personne. Cette détresse peut concerner les activités perdues, les rôles devenus difficiles, l'incertitude ou le sentiment de ne plus avoir de contrôle. Les deux expériences peuvent se chevaucher.
Ce qui fait vraiment mal
Quand quelqu'un consulte pour une douleur persistante, ce n'est généralement pas uniquement la sensation physique qui pose problème. C'est souvent :
- La souffrance de ne pas pouvoir faire les activités qu'on aime
- La souffrance de se sentir limité dans son rôle de parent, travailleur, athlète
- La souffrance de ne pas comprendre pourquoi on a mal
- La souffrance de sentir qu'on n'a pas de contrôle sur sa douleur
- La souffrance de ne pas être compris par les autres
Quand la douleur prend beaucoup de place
Deux personnes qui rapportent la même intensité de douleur peuvent vivre des difficultés différentes. Les activités perdues, les inquiétudes et le manque de soutien peuvent aussi peser sur le quotidien. Un objectif de soin peut être de reprendre une activité importante, même si la douleur n'a pas entièrement disparu.
Cela ne signifie pas qu'il faut « simplement accepter » et ne rien faire. L'acceptation, c'est reconnaître la réalité actuelle tout en travaillant activement vers un mieux-être. Cette démarche vise à faire une place aux activités qui comptent, sans nier la douleur ni renoncer aux soins.
Comment vos croyances influencent-elles votre douleur?
Vos croyances peuvent influencer votre expérience de douleur en orientant votre attention et vos choix d'activité. Un évitement prolongé peut limiter vos activités, mais son rôle varie selon votre condition.
D'où viennent nos croyances?
Nos croyances sur la douleur se forment à partir de nos expériences passées, de ce qu'on nous a dit (par des médecins, la famille, les médias), et de ce qu'on a observé autour de nous. Ces croyances méritent d'être discutées lorsqu'elles vous inquiètent ou limitent vos activités. Certaines préoccupations correspondent à un problème réel qui demande une évaluation.
Les croyances à discuter avec votre professionnel
Croyances sur le diagnostic ou le traitement- « Il manque quelque chose pour savoir ce que j'ai vraiment »
- « J'ai besoin d'une IRM pour comprendre ma douleur »
- « Seule une chirurgie peut régler mon problème »
- « Douleur = blessure, donc je dois éviter tout ce qui fait mal »
- « Si ça fait mal, c'est que je me fais du tort »
- « J'ai besoin de repos complet pour guérir »
- « Je vais toujours avoir mal »
- « À mon âge, on ne peut pas s'attendre à mieux »
- « L'arthrose ne se guérit pas, donc je suis condamné »
- « C'est au système de santé de me guérir »
- « C'est la faute de mon employeur si j'ai mal »
Comment les croyances influencent vos comportements
Si vous craignez qu'un mouvement aggrave votre condition, vous pouvez hésiter à le refaire. Un professionnel peut examiner cette crainte avec vous et préciser les activités adaptées à votre situation. Vos croyances comptent, mais les symptômes, le travail, le soutien et l'accès aux soins comptent aussi.
Chez des travailleurs avec un mal de dos subaigu ou chronique, les attentes de récupération et la perception de l'évolution de la santé étaient associées au retour au travail. Cette étude ne démontre pas qu'une pensée positive provoque la guérison.5
Qu'est-ce que la peur du mouvement (kinésiophobie)?
La kinésiophobie désigne une peur importante de bouger par crainte de se blesser ou d'aggraver sa condition. Elle peut accompagner une douleur persistante et favoriser l'évitement de certaines activités.
Qu'est-ce que c'est?
La kinésiophobie est la peur excessive du mouvement et de l'activité physique par crainte de se blesser ou d'aggraver sa condition.
Pourquoi c'est problématique
Cette peur est compréhensible. Quand elle conduit à éviter longtemps des activités, elle peut s'accompagner de difficultés comme :
- Un évitement progressif des activités
- Une diminution de la force ou de l'endurance liée à une activité réduite
- Des inquiétudes sur la douleur, surtout quand le système nerveux devient plus sensible
- Une réduction de la confiance en ses capacités
- Une difficulté à reprendre les activités qui comptent
Le cercle vicieux de l'évitement
Le modèle de peur et d'évitement décrit comment la douleur, les craintes et la réduction des activités peuvent se renforcer. Ce modèle, surtout étudié pour le mal de dos, décrit un parcours possible plutôt qu'une suite inévitable6. Voici un exemple de ce parcours :
- Vous avez mal lors d'un mouvement
- Vous craignez que ce mouvement soit dangereux
- Vous évitez ce mouvement
- Votre force ou votre endurance peut diminuer si vous restez moins actif
- Vous appréhendez le moment de refaire ce mouvement
- Une nouvelle douleur peut renforcer votre inquiétude
- Vous pouvez alors éviter davantage le mouvement
Des expressions comme « votre colonne est très usée » peuvent vous inquiéter. Pourtant, des changements des disques apparaissent aussi à l'imagerie chez des personnes sans douleur et deviennent plus fréquents avec l'âge. Le professionnel doit interpréter ces images avec vos symptômes et votre examen7.
Dans certaines conditions, les circuits nerveux qui traitent les signaux pouvant annoncer une menace pour les tissus deviennent plus réactifs. Cette sensibilisation peut contribuer à une douleur plus intense. Elle ne se déduit pas de la peur du mouvement à elle seule.8
Comment en sortir
L'exposition graduelle consiste à reprendre par étapes les mouvements que vous craignez. Un physiothérapeute évalue votre condition, choisit avec vous les mouvements appropriés et ajuste la progression selon votre réponse.
Dans un essai chez des travailleurs avec une douleur au cou ou au dos, une diminution des croyances de peur et d'évitement liées au travail était associée au retour au travail. Cette analyse ne prouve pas que la diminution de la peur explique à elle seule ce retour.9
Qu'est-ce que le catastrophisme et quel est son lien avec la douleur?
Le catastrophisme désigne des pensées répétitives qui présentent la douleur comme très menaçante et difficile à gérer; il est associé à une douleur plus intense et à davantage de limitations. Les études ne permettent pas d'attribuer ces difficultés aux pensées seules2.
Penser au pire
Le catastrophisme est la tendance à :
- Ruminer sur la douleur (y penser constamment)
- Imaginer le pire à propos de la douleur (« c'est terrible, je ne peux pas supporter ça »)
- Se sentir impuissant face à elle (« je ne peux rien y faire »)
Ces pensées peuvent survenir quand la douleur inquiète ou dure longtemps. Lorsqu'elles deviennent envahissantes, un professionnel peut vous aider à les examiner sans minimiser ce que vous vivez.
L'impact sur le cerveau
Les études rapportent des associations variables entre le catastrophisme et :
- Des différences d'activité dans des régions du cerveau liées à l'attention et aux émotions
- Des différences dans la façon dont le système nerveux réduit ou augmente la réponse douloureuse
- Davantage de douleur ou de limitations après certaines chirurgies
Ces associations ne prouvent pas que les pensées causent les changements cérébraux. Le catastrophisme n'est pas un signe de faiblesse et peut faire partie des sujets abordés en traitement.
Stratégies pour réduire le catastrophisme
Reconnaître les pensées catastrophiquesVous pouvez commencer par remarquer les pensées qui présentent la douleur comme insupportable ou sans issue. « Je ne pourrai plus jamais... », « C'est horrible... », « Je ne peux pas supporter... »
Remettre en question ces penséesVous pouvez vous demander : « Quels faits appuient cette pensée? D'autres explications sont-elles possibles? Qu'est-ce que mon professionnel peut clarifier? »
Se concentrer sur ce qui est contrôlableVous pouvez aussi vous demander : « Qu'est-ce que je peux faire maintenant pour améliorer ma situation? »
Comment les émotions et la douleur s'influencent-elles?
La douleur peut susciter de la peur, de la tristesse ou de la frustration, et les émotions peuvent à leur tour modifier l'expérience de douleur. Cette influence varie selon la personne et le contexte.
Des influences dans les deux sens
Les émotions et la douleur s'influencent mutuellement :
- La douleur peut susciter de la frustration, de la tristesse, de la peur ou de la colère
- Le stress et les autres émotions peuvent modifier la douleur et la façon d'y faire face
Les émotions font partie de l'expérience humaine. Si elles deviennent difficiles à vivre, un soutien adapté peut compléter les soins de la douleur.
Après un traitement de thérapie manuelle, parlez à votre physiothérapeute des réactions qui vous inquiètent. Dans un sondage, les personnes traitées pour un problème lombaire signalaient plus souvent des réactions jugées indésirables que celles traitées pour un membre.10
La réaction de premier et deuxième niveau
Premier niveau : Votre réaction initiale à la douleurUn pic de douleur peut provoquer une réaction rapide, comme de la frustration.
Deuxième niveau : Votre réaction à votre réactionC'est la façon dont vous répondez à ce que vous ressentez. Vous pouvez apprendre différentes façons de réagir, même si vous ne contrôlez pas toutes vos émotions.
10 mini-trucs pour comprendre votre douleur
Un conseil par jour pendant 10 jours pour mieux comprendre votre douleur. Environ 2 minutes de lecture.
- Premier niveau : « Aïe, j'ai une douleur dans le dos. Mon cœur s'accélère. »
- Deuxième niveau (spirale négative) : « Pourquoi encore? C'est terrible. Je n'en peux plus. Ça ne finira jamais. »
- Deuxième niveau (approche adaptée) : « Cette douleur m'est familière. Je prends un moment pour respirer et j'adapte mon activité selon les conseils reçus. »
Un accompagnement peut vous aider à vivre ces réactions avec moins de détresse. Une difficulté à les gérer ne signifie pas que vous êtes responsable de votre douleur.
Dans une étude de personnes avec une douleur au cou, une meilleure qualité de sommeil au départ était associée à une amélioration de la douleur après trois mois. Les améliorations du sommeil et des symptômes étaient aussi liées, sans prouver que l'une causait l'autre.11
Qu'est-ce que l'auto-efficacité face à la douleur?
L'auto-efficacité désigne la confiance en votre capacité à faire face à la douleur et à poursuivre des activités malgré elle. Elle peut notamment concerner votre confiance à gérer un épisode de douleur à la maison.
Qu'est-ce que l'auto-efficacité?
L'auto-efficacité concerne ce que vous vous sentez capable de faire dans une situation difficile. Vous pouvez, par exemple, avoir confiance en votre capacité à marcher quelques minutes ou à adapter une tâche.
Pourquoi c'est important
Une méta-analyse associe une plus grande auto-efficacité à moins de douleur, de limitations et de détresse émotionnelle. Ces résultats varient entre les études et ne garantissent pas le rétablissement d'une personne12. Les points suivants aident à comprendre cette notion :
- La confiance peut porter sur la capacité à rester actif malgré la douleur
- Elle peut porter sur la capacité à utiliser des stratégies de gestion
- Elle est associée à une évolution plus favorable de certaines difficultés
- Elle ne signifie pas que la douleur disparaîtra nécessairement
Comment développer l'auto-efficacité
Vivre des succèsChoisissez un défi réaliste, puis ajustez-le selon votre réponse. Les réussites peuvent vous aider à reconnaître vos capacités.
Observer d'autres qui réussissentÉchanger avec des personnes qui vivent des difficultés semblables peut offrir des idées et du soutien. Leur parcours ne prédit toutefois pas le vôtre.
Être accompagné adéquatementUn professionnel peut vous aider à choisir des objectifs, à reconnaître vos progrès et à ajuster votre plan.
Interpréter ses sensations correctementUn professionnel peut vous expliquer quelles sensations sont attendues et lesquelles demandent une réévaluation. Une douleur ne mesure pas directement l'ampleur d'une blessure, mais elle mérite d'être prise au sérieux.
Pourquoi votre douleur peut-elle vous sembler injuste?
Votre douleur peut vous sembler injuste lorsqu'elle bouleverse votre vie, paraît imméritée ou suit un événement dont vous n'êtes pas responsable. Ce sentiment mérite d'être entendu.
Quand la douleur semble injuste
Certaines personnes développent un fort sentiment d'injustice par rapport à leur douleur :
- « Ce n'est pas juste que ça m'arrive à moi »
- « C'est la faute de l'accident/mon employeur/le médecin »
- « Personne ne comprend ce que je vis »
Un professionnel peut vous aider à explorer ce sentiment et à :
- Exprimer votre colère et ce qui vous semble injuste
- Choisir des actions possibles pour votre santé et vos démarches
Vers l'acceptation
Accepter ne signifie pas approuver ce qui s'est passé ou renoncer à ses droits. Vous pouvez reconnaître vos difficultés actuelles, demander du soutien et poursuivre les actions qui comptent pour vous.
Parler de psychologie veut-il dire que votre douleur est imaginée?
La psychologie de la douleur ne remet pas en question la réalité de votre douleur. Elle aide à comprendre certains facteurs qui influencent votre expérience et peut compléter des soins comme la physiothérapie pour la douleur chronique.
Une distinction cruciale
Parler de psychologie de la douleur ne signifie pas que :
- Votre douleur est imaginée
- Vous êtes faible ou « trop sensible »
- Vous devriez « juste vous calmer »
- Vous n'avez pas besoin de traitement physique
Cela signifie que :
- Le cerveau est impliqué dans toute douleur
- Vos pensées, croyances et émotions influencent votre expérience
- Vous pouvez essayer différentes stratégies avec votre équipe de soins
- Pour le mal de dos chronique, une revue Cochrane rapporte des bénéfices moyens modestes d'une réadaptation combinant plusieurs dimensions et plusieurs professions, comparativement aux soins usuels ou à certains traitements physiques. La certitude varie de faible à modérée; ces résultats ne se généralisent pas à toutes les douleurs13.
Que faut-il retenir sur la psychologie de la douleur?
La psychologie de la douleur montre que les pensées, les émotions et les comportements peuvent influencer une expérience de douleur réelle. Ces facteurs peuvent être pris en compte dans des stratégies de gestion de la douleur adaptées à vos besoins.
- La douleur comprend des sensations et des émotions; la souffrance peut aussi concerner les pertes et les difficultés vécues au quotidien
- Vos croyances peuvent influencer vos comportements; vous pouvez en discuter sans remettre en question la réalité de votre douleur
- La peur du mouvement peut favoriser l'évitement; une reprise graduelle et adaptée peut aider à retrouver des activités
- Le catastrophisme est associé à plus de difficultés; un accompagnement peut aider à examiner ces pensées
- L'auto-efficacité concerne votre confiance à faire face à la douleur; des objectifs progressifs peuvent soutenir cette confiance
- Vous n'êtes pas responsable de votre douleur; les soins peuvent tenir compte de votre corps, de vos émotions et de votre contexte de vie
Si vous sentez que ces facteurs jouent un rôle important dans votre douleur au dos, votre douleur cervicale, ou ailleurs, n'hésitez pas à en parler avec votre professionnel de la santé. Votre professionnel peut tenir compte de ces aspects pour adapter les soins à votre situation.
Quelles autres ressources peuvent vous aider?
Les articles suivants peuvent vous aider à comprendre la douleur chronique, le rôle du cerveau et les stratégies de gestion au quotidien.
- Comprendre la douleur chronique
- La neuroscience de la douleur
- Douleur aiguë et chronique
- Stratégies de gestion de la douleur
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Prendre rendez-vousRéférences
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